Le jeune homme semble avoir un don pour prendre son monde à contre-pied. En témoigne cette particularité peu connue. Ce gaucher, sur les courts, est en réalité... droitier dans la vie. Dans tous les gestes courants de l'existence, le no 2 mondial délaisse son outil de travail. Etrangement, Carlos Moya, qui, comme Nadal, est majorquin et a gagné Roland-Garros, vit le même paradoxe. A l'inverse de son jeune compatriote et ami, Moya est un gaucher naturel qui se révèle droitier sur les courts.
Ce particularisme ambidextre, observé dans d'autres disciplines sportives, reste rare sur le circuit professionnel. L'Argentin Jose Acasuso est un autre exemple connu. Retiré de la compétition, Nicolas Escudé menait manuellement la même "double vie".
Lorsqu'on les interroge, Nadal et Moya n'ont aucun souvenir du moment où ils ont frappé la balle pour la première fois avec la main qu'ils utilisent aujourd'hui sur les terrains. "C'est normal, parce que c'est un choix qui se fait inconsciemment lors des toutes premières années de la vie, lorsque se met en place la latéralité de chacun", explique Paul Dorochenko, directeur français du Centre international de rééducation du sportif à Valence (Espagne), qui s'est passionné pour la question.
La latéralité est la préférence des individus à se servir d'une main, mais aussi d'un oeil, d'une oreille ou d'un pied plutôt que de l'autre. La latéralité manuelle fluctue lors des premières années de la vie, puis se stabilise entre l'âge de 4 et 6 ans. "Nadal et Moya ont tenu leur première raquette à 4 ans pour le premier, à 2 ans pour le second, explique Paul Dorochenko. Instinctivement, quand il s'est saisi de sa première raquette, Nadal a dû se sentir à l'aise avec la main gauche et Moya avec la droite. Joffre Porta, le premier entraîneur des deux joueurs, a eu la bonne intuition de laisser faire la nature, même si leur latéralisation dans la vie courante a donc été en contradiction avec ce choix originel facilité, en étant technique, par le fait que Nadal a un oeil dominant droit et Moya un oeil dominant gauche."
Avec le sourire, Carlos Moya, battu au premier tour de l'Open d'Australie, regrette de ne pas avoir été le gaucher qu'il aurait dû être sur le court. "Ma carrière aurait été meilleure", s'amuse l'ancien n°1 mondial qui estime avoir fait une moins bonne "affaire" que son jeune compatriote. Il est scientifiquement admis que les gauchers ont l'avantage sur les droitiers dans les sports dits "d'opposition duelle" parce la main gauche est sous l'emprise de l'hémisphère droit du cerveau qui peut traiter plus d'informations et plus rapidement que l'hémisphère gauche qui "contrôle" les droitiers.